Entretien avec François Guerch à propos de Cap aux bords.

Entretien conduit par Jean-Pierre Carrier (auteur du Dictionnaire du Cinéma Documentaire, Édition Vendémiaire), suite à la remise de prix au Festival Européen du Film d’Éducation à Évreux en 2015 (Cap aux bords, mention spéciale du jury).

https://dicodoc.wordpress.com/2018/02/06/e-comme-entretien-francois-guerch/

Sur Cap aux bords, François Guerch, 2015, 52 minutes.

J.P Carrier: D’où vient  l’idée de ce film bien particulier ?

J’ai été animateur dans ce lieu, J’interviendrais, pendant quelques années. J’y suis arrivé un peu par hasard, je n’ai jamais envisagé d’être éducateur, mais la rencontre avec ces jeunes a été pour moi décisive et fondatrice !

Ainsi, lors d’un séjour, je m’occupais d’un jeune particulièrement difficile. Il était autiste bien sûr, mais aussi aveugle et très violent – que cela soit avec lui-même ou avec les autres. Les jours passaient, et je ne trouvais pas comment m’y prendre avec lui : il hurlait à la moindre frustration, il se frappait tout le temps, parfois me frappait ou me mordait. Manger, s’habiller, monter dans le minibus, marcher, se baigner…  tout semblait le plonger dans une profonde détresse, et moi avec. Un jour, pour la énième fois, il s’est mis en crise dés le départ d’une balade. Son angoisse était tellement forte qu’elle contaminait les autres jeunes. Alors j’ai proposé à l’équipe de continuer sans nous.

Nous en étions stoppés près du camion, au milieu des bois, lui à hurler et à se frapper la tête avec frénésie, et moi à tenter de trouver un truc, n’importe quoi, qui puisse le calmer. J’ai bien cherché à l’empêcher de se frapper, mais la violence redoublait. Envers lui, envers moi. J’ai chanté, je l’ai pris dans mes bras avec une voix douce, j’ai fait le guignol pour essayer de le faire rire, des bruits d’animaux, des bruits de vents, je lui ai passé de l’eau sur le front… mais rien n’y faisait, il ne se calmait pas et ma propre détresse augmentait. J’étais face au vide le plus total, désemparé. J’allais baisser les bras alors je me suis assis à quelques mètres de lui. Je suis resté silencieux. Il hurlait. Je n’avais plus de mots, plus d’idée, plus d’éléments théoriques auxquels me raccrocher. De longues minutes sont passées, c’est alors que ce que je vivais est devenu image.

De manière très distincte et très intense. Comme si j’étais hors de moi et du temps. Je n’avais plus de mots. Je nous voyais, là, dans la forêt, si loin l’un de l’autre, mais tellement proche. Comme dans un film. Cette image, qui englobait l’entièreté du présent, était en mesure d’exprimer, de contenir, de relier à quelque chose ce vide de sens si intense, devant lequel je me trouvais. Et je sentais qu’entre lui et moi, seule cette image pouvait faire jonction entre son silence et mes mots. J’ai bien conscience en disant ça que cela peut paraître un peu mystique, mais avec la fatigue, la violence et le vide qui m’habitait, je crois tout simplement avoir été excédé entièrement par l’intensité du réel pour n’en saisir qu’un fragment. Au bout d’un moment, il a fini par retrouver son calme. Tout seul. Je me suis assis à côté de lui et je lui est raconté ce qui venait de se passer, lui dans sa crise moi dans mon mirage. Nous nous étions rencontrés. Au bord d’un abîme. C’est ainsi que sont nés la nécessité, l’urgence et le désir de faire ce film.

Si je dois tenter de parler de cinéma maintenant, ce sera en regard de cette incroyable intensité. Ce moment où le réel excède la vie. Ce moment où il n’y a plus que des « images » à articuler entre elles, parce que les mots sont trop petits ou trop précis pour englober la démesure de l’existence.

Il n’y a plus que des sensations, des couleurs, des odeurs, des sons, des tentatives, des échecs, des moments de grâce… quelque chose d’archaïque, au bord du sens. C’est comme ça que j’ai toujours vécu le cinéma : comme une expérience me permettant de sentir et articuler les intensités du monde.

J.P Carrier: Quelles ont été les conditions de sa réalisation ?

Il y a d’abord eu la rencontre avec Florence Borelly qui a produit le film avec Sésame Films. C’est une rencontre décisive parce que je crois que nous avons très vite su nous faire confiance et entretenir un dialogue réciproque. Après, il nous a fallu du temps pour trouver et convaincre les financeurs de nous suivre, parce qu’aujourd’hui, même en documentaire, on accorde une très grande importance au scénario. Et là, j’arrivais avec un projet qui reposait exclusivement sur « ce qui pourra advenir, ou non ». Je peux comprendre que cela fasse peur, mais je pense malgré tout que c’est ainsi qu’il faudrait faire du documentaire : bien connaître son sujet, faire confiance à ses intuitions, s’en remettre au réel pour nous guider. Je crois qu’il y a deux types de cinéastes : ceux qui prévoient tout jusque dans les moindres détails avant le tournage, et ceux qui tournent pour voir, qui s’en remette à une forme d’écriture en mouvement. Le plus célèbre des premiers, c’est Hitchcock. Le plus emblématique des seconds c’est peut-être Cassavetes : même si ses films étaient très écrits, l’écriture bougeait et se prolongeait lors du tournage, et encore lors du montage. Je me sens plus proche de la seconde approche. J’aime l’improvisation, j’aime être surpris par le réel, j’aime être saisi par son intensité. Ça ne veut pas dire qu’on fait n’importe quoi, l’impro ça se prépare énormément, mais on laisse des brèches pour que le réel s’immisce. Pour rester dans le champ du documentaire, même si cette distinction a peu de sens pour moi, je reste très impressionné par le travail de Robert Kramer : il jonglait justement entre fiction et documentaire, il essayait toujours de trouver le moyen d’expression le plus juste par rapport à ce qu’il voulait raconter, il questionnait le réel comme un miroir politique et surtout il n’hésitait pas à se lancer à l’aventure, sans rien d’autre qu’une intuition… Mais je pourrais en dire autant de Denis Gheerbrandt, de Johan Van der Keuken ou encore de Yann Lemasson, qui sont véritablement les cinéastes avec qui j’essaie de dialoguer quand je pense à mon cinéma. Plus récemment, j’ai été véritablement émue par le magnifique documentaire de Patrick Taliercio, la seconde fugue d’Arthur Rimbaud.

Dans les faits, voici comment cela s’est passé pour CAP AUX BORDS. Après avoir longuement repéré, je me suis abandonné un été entier à leur vacance et je me suis laissé guidé. J’ai fait plusieurs séjours et même s’il y avait de beaux moments, de belles rencontres, il y a avait toujours quelque chose que n’allait pas : Un enfant, pupille de la nation, que je ne pouvais pas filmer parce que je n’en avais pas l’autorisation ; une dynamique de groupe un peu trop timorée ; une rencontre qui ne prenait pas entre un jeune et son animateur ; une crispation palpable à cause de ma présence ; ou encore un manque de concentration de ma part. Et puis il y a eu ce séjour, avec Matteo, Salma, Allan et leurs animateurs Renaud et Anaïs. J’ai très vite senti qu’il se passait quelque chose, même si à la base je me focalisais plus sur Allan, le jeune avec le casque rouge, que je connaissais depuis longtemps. Matteo est arrivé en urgence, parce que la situation était très compliquée pour lui et sa famille. Il était totalement en dispersé et angoissé. Je pense que c’est sa présence, sa détresse qui a mobilisé l’équipe et la solidarité que nous avons partagée. L’intensité du réel avait ainsi fait effraction dans les vacances.

Pour le tournage, j’étais seul avec ma caméra (et mon micro). Avec un ingé-son, il n’aurait pas été possible de rendre visible l’invisible, ou encore d’entrer en relation avec les jeunes tel que cela s’est fait pendant le tournage. Mais il était important d’assurer la prise de son. C’est un élément important dans l’écriture de ce film et je comptais m’appuyer dessus pour renforcer les sensations d’espace et de présence. J’ai résolu cette contrainte en m’imposant des focales fixes et relativement courtes, pour ne pas risquer de zoomer et filmer de loin. Ainsi, j’étais toujours à bonne distance pour prendre le son (un micro était accroché sur la caméra). Si je voulais un gros plan, il fallait physiquement que je me rapproche. Il était essentiel pour moi d’entretenir un rapport physique avec l’espace, de le subir et l’apprivoiser. Peut-être parce que j’avais en tête les lignes d’erres de Deligny ? En tout cas, c’est cette contrainte sensible de la marche et de l’espace qui a fait que petit à petit nous nous sommes rencontrés avec Mattéo : j’étais toujours à la traîne parce que j’étais encombré par mon matériel ou parce que je voulais faire des plans d’ensemble. Et Mattéo tenait absolument à fermer la marche ! C’est ainsi que sont nées toutes ces danses l’un autour de l’autre, jusqu’à devenir un jeu. C’est en commun que nous avons créé cette forme, même si, et peut-être parce que, je la désirais intensément.

D’être seul m’a aussi permis de rester en alerte et disponible avec la vie du séjour. Bien souvent, j’ai posé la caméra pour aller faire des courses avec René, qu’on ne voit pas à l’image, ou encore pour prendre le relais de Renaud et gérer à mon tour les crises de Mattéo. Une vraie solidarité s’est installée entre les accompagnateurs et moi, je les remercie encore de leur générosité et de leur confiance. Nous étions une équipe, malgré les contraintes que j’amenais avec mon tournage et ma caméra. Je pense que cela avait quelque chose de rassurant pour les jeunes et a permis l’émergence d’une vraie complicité entre les uns et les autres.

J.P Carrier: Il n’y a dans le film aucune information sur les enfants, sur leurs accompagnateurs, sur les lieux où il se déroule. Qu’est-ce qui fonde ce parti pris ?

D’avoir lu et entendu beaucoup de choses sur l’autisme, je me sentais particulièrement frustré, parce que je ne retrouvais jamais l’intensité de la rencontre avec eux, telle que je l’ai décrite précédemment. Comme si les mots, les théories, les idées préconçues, les préjugés nous éloignaient d’une forme de vérité brute les concernant, nous concernant. Et puis j’ai toujours eu du mal avec les généralités, les cases dans lesquels on se range les uns les autres par habitudes. Le mot autisme a vite perdu sa signification pour moi, ne serait-ce que parce qu’ils sont tous très différents les uns des autres. Je voulais parler d’eux sans les regarder par le prisme du symptôme. Aussi, en préparant le film, j’ai eu l’intuition qu’il fallait leur faire confiance à eux, directement.

Prendre le parti d’une forme de silence, qui leur appartient. Pas pour ne rien dire, mais pour laisser les choses se dire d’elle-même. Ce n’est pas que je m’efface : je déplace simplement le langage avec lequel je raconte cette histoire. Je suis présent, j’existe comme corps, comme regard, comme mémoire. Il y a comme une chorégraphie qui s’impose à nous et je participe à la danse, à la marche.

Des images, des sons, du montage. Réduire les signes pour aller à l’essentiel. Et puis au fond, j’ai beaucoup pensé à Deligny, à ce qu’il dit de l’Agir. J’ai pensé que c’était la meilleure manière de parler de J’interviendrais. Ce n’est pas une école, une théorie ou un courant de pensée, même si René Demichélis a beaucoup réfléchi à la forme de la structure. Je crois justement que la singularité de ce lieu est d’exister en acte et en présence, comme la somme des individualités qui le traverse. C’est un lieu de l’expérience, de la vie et c’est de ce lieu que je me suis senti en mesure d’en parler le mieux. Je tenais à être au plus près des jeunes, le reste ne devait exister qu’en interaction – en inter-agir devrais-je dire – avec eux.

Concernant les adultes, je n’avais pas forcément décidé de ne pas parler avec eux. Ça s’est naturellement imposé pendant le tournage, dans notre manière d’être ensemble. Nous ne nous connaissions pas avant le séjour, et nous nous sommes apprivoisés au jour le jour. Nous parlions peu, même lors des réunions qui chaque soir servent à débriefer la journée. Nous nous comprenions intuitivement, et finalement c’était mieux ainsi. Ça répondait bien à mon intuition première, ça me permettait de ne pas perdre le cap. Nous avons vécu ce séjour ensemble, intensément. Et puis je trouvais qu’ils étaient engagés et souvent juste dans leurs actes. Ils étaient présents, quoiqu’il arrive. On peut toujours trouver qu’ils en font trop, qu’ils sont maladroits, c’est possible, mais ils sont là et c’est ce qui est émouvant. Ils ne jugent pas, ils tentent, ils expérimentent, ils apprennent, ils accueillent les angoisses et la violence de Mattéo. Et puis au bout du compte, les jeunes finissent par être là eux aussi !

Je crois qu’il s’agit d’un cinéma de gestes et d’espace. C’est ainsi que je l’ai pensé. La dernière séquence avec Mattéo, quand il tourne autour de moi et de ma caméra, est la parfaite expression du cap que poursuit le film : ce moment où nous sommes en présence, ensemble et entier dans l’espace, avec nos gestes, notre corps, notre visage, nos mots si nous en avons. S’il y avait eu trop d’informations biographiques ou théoriques, je reste persuadé que cela aurait créé un nuage de sens et fait écran entre les jeunes et le spectateur.

J.P Carrier: Le titre est une référence à Beckett et par ailleurs tu évoques dans ton texte de présentation Deligny. Peux-tu expliciter pour nous ces deux références ?

Pour le titre il y a bien une référence à Beckett, et tu es bien le premier à la remarquer ! C’est qu’il n’y a que chez Beckett que j’ai ressenti l’intensité du rapport entre le corps et l’espace dont j’ai parlé précédemment. J’ai retrouvé dans Molloy, par exemple, des sensations et des images que j’avais rencontrées auprès de jeunes autistes. Quand j’étais à l’université, en master d’esthétique, j’ai même écrit un mémoire sur Beckett… et sur Deligny ! Il s’appelait déjà CAP AUX BORDS et je cherchais à l’époque à rendre compte de l’importance du travail de l’un comme de l’autre sur les questions du langage, du silence, du corps, de l’espace, de la présence, de l’absence, de l’intensité du réel.

Quand j’ai commencé à travailler sur ce film, le titre m’est naturellement revenu. Il m’a paru évident. Parce qu’au fond, tout au long de la fabrication de ce film je n’ai fait que poursuivre un cap, un horizon brumeux dans lequel j’espérais trouver ce que nous avons en commun. C’est ce trajet que raconte CAP AUX BORDS.

Deligny a eu une grande influence sur ma démarche cinématographique et sûrement aussi sur ma vie. J’ai été fortement marqué par ses écrits, quand il parle de son expérience avec les jeunes autistes, mais aussi des graines de crapules. Les lignes d’erres, l’Agir et le Faire, Camérer… Je trouve qu’il y a une force incroyable dans sa démarche pédagogique, poétique et politique. Une manière de fonder la méthode, l’apprentissage, l’éducation sur ce que l’autre est et amène avec lui. Construire en commun plutôt que de chercher à faire plier l’autre. Le moindre geste est aussi un des plus beaux films de tous les temps, un geste aussi fort que celui des hommes préhistoriques dessinant l’empreinte de leurs mains sur les cavernes ! Un geste brut et primordial, d’une puissance inouïe malgré son apparente simplicité. Mais nous allons trop vite à notre époque pour nous soucier de ce genre de choses.

J.P Carrier: Pour avoir vécu et travaillé avec des enfants autistes, as-tu des idées, une position,  sur la question du traitement de l’autisme ?

C’est la question piège. J’ai toujours refusé d’être spécialiste de l’autisme… Je connais bien sûr les grands courants, les grands débats autour de l’autisme. Ces dernières années ont été marquées par de véritables guerres de chapelles pour savoir qui aurait LA solution pour guérir ou traiter l’autisme. À mon sens, tout le monde fait fausse route. Pas parce que tout le monde à tort, mais parce que tout le monde à sûrement un peu raison. Comme je le disais, chaque enfant, chaque jeune est très singulier et différent des autres. Pourquoi ne pas s’unir et mettre en commun les savoirs ?

Avec ma petite expérience je peux simplement dire que les choses se passent souvent mieux dans de toutes petites structures avec de grands espaces autour et un encadrement conséquent (un pour un). Ça permet aux uns et aux autres de se rencontrer, et par conséquent d’avancer ensemble. Je crois aussi qu’il faut avoir sincèrement le désir d’être là, ce qui implique une grande rotation des équipes. Ça demande du temps, du personnel et des moyens. C’est très justement ce qui manque en France, et probablement ailleurs aussi… une réelle volonté politique et collective de créer des structures adaptées. Celles qui existent sont souvent le fruit d’initiatives individuelles ou à petite échelle : Des associations de parents ou alors des passionnés comme René Demichelis et J’interviendrais. Et bien souvent cela se fait dans des conditions précaires. De leur côté, les parents font eux-mêmes très souvent un travail fantastique avec leurs enfants, malgré le manque de soutien et de reconnaissance.

J.P Carrier: Il y a déjà eu des films documentaires qui eux aussi ont essayé de filmer ces enfants et adolescents dit autistes, comme Sandrine Bonnaire à propos de sa sœur (Elle s’appelle Sabine) ou Mariana Otero dans A ciel ouvert, dans une institution très influencée par la psychanalyste. Rapprocherais-tu ton film de ces deux documentaires ? Quelles sont pour toi les différences ?

Je n’ai pas vu le film de Mariana Otero. Par contre celui de Sandrine Bonnaire, je le connais bien et je l’aime beaucoup. Je ne sais pas si je suis proche de son cinéma, autrement que par le sujet. Le fait que Sandrine parle de sa sœur est un point de vue très fort, celui de la famille et des proches. Il y a beaucoup d’amour et de colère dans son film. Pour ma part, comme tu me le faisais remarquer précédemment, j’ai pris le parti de gommer au maximum le contexte, pour n’en garder que l’essentiel.

Il y a beaucoup d’amour dans mon film, je crois, en tout cas j’ai essayé d’en mettre, mais je reste un étranger : je ne suis ni de la famille, ni en colère, ni partisan d’une théorie. Je ne suis que moi-même, personne et tout le monde à la fois. Un anonyme. Je fais part d’une rencontre, d’une expérience du monde. Je parle au présent. Je cherche ce que nous pouvons mettre en commun et j’essaie de le partager. J’espère y parvenir un peu.

En plus des cinéastes dont je parlais plus haut, je me sens aussi très proche du cinéma de Sharunas Bartas et de Pedro Costa, même si je suis bien conscient que mon film n’atteint pas l’intensité de leur cinéma, voir ne prend pas du tout la même direction ! Je crois simplement que nous avons en commun le désir de parler des humbles et des invisibles, parce que nous y trouvons probablement un écho de notre humanité propre et que nous mettons ainsi tout notre cœur et notre sincérité dans notre geste.

J.P Carrier: Au festival du film d’éducation d’Évreux ton film a obtenu une mention spéciale du jury. Quelle signification donnes-tu à cette distinction ?

Bizarrement, c’est surtout pour J’interviendrais que je suis fier. Parce que c’est un prix du festival d’éducation ; parce que c’est une association qui lutte pour se maintenir à flot depuis quarante ans, malgré la précarité et le manque de moyens ; parce que c’est enfin une reconnaissance pour la singularité et l’importance de leur travail.

Je suis fier aussi parce que c’est à la fois un prix du monde du cinéma et du monde de l’éducation. Une belle synthèse de mon parcours ! L’éducation populaire est un mouvement important pour moi, parce qu’il a été porté par des gens qui ont toujours cherché à proposer des alternatives politiques dans les actes. Je reste attaché à l’Agir, et l’éducation populaire en est une belle démonstration. Et puis j’ai toujours pensé que le cinéma était fortement lié à l’enfance et l’adolescence.

Pour moi le cinéma a été la meilleure école pour découvrir le monde et ce qui se cachait derrière les mots. Je suis devenu adulte et je suis resté un enfant grâce au cinéma.

 J.P Carrier: Sur quoi travailles-tu maintenant ? Quels sont tes projets ?

Je travaille actuellement sur une fiction. L’adolescence et l’éducation populaire restent au cœur de ce projet puisque c’est l’histoire d’une jeune fille en rupture totale avec la société, allant de placement en placement, de fugue en fugue. Ce sera un court ou moyen métrage, et le film se concentrera sur une seule et peut-être dernière fugue : encore une fois, il sera question d’apprendre sur soi-même dans la rencontre avec l’autre, et de passer cette fois-ci de la haine de soi et des autres à la joie d’être ensemble et vivant.

 

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